Lycurgue applaudit doucement tandis que les autres paraliens sont à la fois envoûtés et interpelés par le discours d'Alcyonée.
Voilà un discours ... conquérant, que j'approuve.
Il est bien évident que nous devons apparaître soudé, que nous devons occuper la scène politique. Il nous faut nous montrer motivés et hargneux face au malin Pisistrate et à l'imposant Megacles.
Je suis conscient que ma carrière politique au grand jour est récente. Je suis également conscient que je peux apparaître pour vous comme un oiseau de malheur, comme le remplaçant du défunt Eukratès, celui grâce à qui nous avons avancé à pas de géant à terme d'idées. Nous savons désormais à quoi nous en tenir avec les Pédiens. Nous savons que leur alliance avec certains de nos frères est destinée à nous nuire et pas à nous grandir. Ils se servent de l'admiration et de l'ambition qu'ont certains de nos frères pour eux, les grands aristocrates bien nés, pour conforter leur puissance.
C'est malhonnête. Nous en convenons tous ici. Pourtant, celui qui sait doit-il forcément dénoncer aussitôt sans réfléchir ? Et donc, en ce qui nous concerne, devons-nous condamner à la face du monde cette collaboration parolo-pédienne contre nature et indigne des valeurs athéniennes ?
Non. Notre combat est destiné à de plus grandes choses. Notre combat ne se résumera pas à la simple dénonciation d'un acte malhonnête.
Celui-ci n'est que le moteur qui va nous mener vers de plus grandes entreprises.
C'est parce que je crois que l'on peut changer Athènes, la nettoyer de sa gangrène oligarchique, que je suis aujourd'hui candidat aux élections pour devenir votre nouveau chef. Et c'est aussi pour les mêmes raisons que je ne me présenterais pas aux élections de l'archontat de l'année qui s'annonce. Ne soyez pas déçus. Si vous m'avez écouté, vous avez compris et donc, vous ne devez avoir aucun regret.
Aujourd'hui, ce que nous devons savoir, ce n'est pas si mon choix est cohérent et intelligent, mais qui sera notre candidat. Aujourd'hui, il y a des hommes tout à fait capables : ambitieux, intelligents, clairvoyants, stratèges ...
C'est l'un d'entre eux qui se présentera face au candidat des Paraliens pro-pédiens.
C'est un paradoxe de notre démocratie : lors de ces élections, il n'y aura que deux vrais candidats et ces deux vrais candidats seront du même parti. Nous avons de quoi travailler, je vous le dis, car c'est signe d'une maladie grave pour notre cité. C'est le signe d'une manipulation aristocratique de nos frères paraliens pro-pédiens à des buts et des intérêts personnels. C'est le signe d'une division de la classe montante d'Athènes, celle qui est censée faire la citoyenneté de demain. C'est le signe aussi que, pendant que l'on se bat pour obtenir des places dans l'administration, le peuple s'appauvrit et cet appauvrissement affaiblit notre commerce, notre agriculture et notre réputation dans la péninsule toute entière !
Hergestratos est mon adversaire pour le poste de chef des Paraliens. Tous savent ici qu'Hergestratos est une pâle copie de l'archonte Komeas, un pantin entre les mains de Megacles. L'élire serait signer l'arrêt de mort des Paraliens. De plus, ses idées en terme de politique intérieure sont dangereuses. Il souhaite tout recentrer autour de l'archonte, au dépend des autres magistratures et ainsi verrouiller le pouvoir entre la main d'archontes à jamais pris en tenaille par Megacles et les Pédiens.
C'est innaceptable ! Alors votez pour moi, pour que je remplace le grand Eukratès !
Et faites moi confiance pour l'archontat !